
O.R
WORLD
Association
Willkommen auf der Website der O.R. World Association, einem Fan-Verein, der der Musik,
der Kreativität und den Werten von Omar Rudberg gewidmet ist.
Wir vertreten weder Omar noch sein Team offiziell, aber wir möchten unsere Bewunderung für sein Talent,
seine Energie und seine inspirierende Botschaft teilen.
Hier finden Sie Neuigkeiten, Analysen, Fanprojekte und direkte Links zu seinen offiziellen Plattformen.
SAISON 1
Young Royals est une série originale Netflix.
Tous les droits relatifs à la série, ses personnages et son univers appartiennent à Netflix et aux ayants droit.
L’association O.R. World Association est une organisation de fans indépendante à but non lucratif et n’a aucun lien officiel avec Netflix.
EPISODE 1
SCENE 1 :
LA CHUTE DU PRINCE, LE DÉBUT D’UN DESTIN BRISÉ
La nuit aurait dû être légère, presque douce, une parenthèse où Wilhelm pourrait enfin respirer loin des attentes et des regards. Au milieu des rires, des lumières et de cette foule qui se croit libre, il tente lui aussi de s’abandonner à l’instant. Mais même entouré de monde, il se sent terriblement seul, comme si quelque chose en lui ne trouvait jamais vraiment sa place.
Et puis, d’un coup, tout se fissure. Un échange tendu, un geste trop brusque, un instant où ses nerfs lâchent, et son monde chavire. Le coup part, le flash le capture, et en une fraction de seconde, il comprend que son erreur va lui coûter bien plus qu’un simple moment d’égarement. La photo circule déjà, implacable, et avec elle la certitude que rien ne pourra stopper l’inévitable avalanche de jugement.
Alors il fuit, presque sans réfléchir, jusqu’aux toilettes où il tente désespérément de reprendre son souffle. Là, seul face au miroir, les mains tremblantes, il lutte contre cette angoisse qui le dévore depuis des années, la peur de décevoir, de briser l’image impeccable qu’on exige de lui, d’être encore une fois le problème qu’il faut corriger. Dans cet espace étroit et silencieux, il n’est plus un prince : juste un garçon dépassé, épuisé, à bout de forces.
Mais un coup à la porte lui rappel la brutale de sa réalité. La secrétaire de la garde royale n’a pas besoin de parler fort pour lui rappeler que sa vie ne lui appartient pas vraiment. Elle lui annonce, sans douceur, la marche à suivre, le discours qu’il devra réciter, les mots soigneusement choisis pour réparer les apparences, pas son cœur, pas sa peine, seulement l’image de la monarchie.
Et lorsqu’on lui annonce qu’il sera envoyé à Hillerska, le pensionnat que sa famille érige en modèle depuis des générations, une autre forme de vertige le saisit. Ce n’est pas seulement une punition : c’est un exil, un rappel cruel qu’il n’a jamais eu le droit de choisir sa propre vie. Il tente de protester, de se tourner vers sa mère, espérant qu’elle comprendra au moins un peu la détresse qui l’étouffe. Mais elle ne voit que le prince, jamais le fils. Pour elle, son mal-être n’est qu’un écart, un bruit inutile dans la mécanique parfaite de la couronne.
« Je veux juste une vie normale… » murmure-t-il, une dernière fois, presque dans un souffle. Mais ses mots se brisent contre l’indifférence polie de la reine, qui lui répète qu’être prince est un privilège pas une punition. Pour Wilhelm, c’est une cage dorée qui se referme un peu plus.
Alors on le maquille, on couvre les traces de la nuit, on ajuste son costume. Chaque geste efface un peu plus celui qu’il est, pour reconstruire celui qu’on attend de lui. Et devant les caméras, il récite les excuses qu’il n’a pas écrites, la gorge serrée, les épaules lourdes. Sa famille le regarde avec froideur, comme s’il n’était qu’un symbole à remettre en place, pas un adolescent en train de s’effondrer.
Ce soir-là, Wilhelm comprend que dans son univers, être soi-même est un luxe inaccessible.
Mais, sans encore le savoir, c’est précisément au moment où tout s’écroule… que quelque chose de nouveau commence à se construire.
Et que Hillerska, ce lieu qu’il redoute tant, va devenir le théâtre du plus bouleversant chapitre de sa vie.
SCENE 2 :
L’ARRIVÉE À HILLERSKA, PREMIERS PAS, PREMIERS DOUTES, PREMIÈRE ÉTINCELLE
À Hillerska, tout semble se dérouler comme dans un monde à part, réglé à la seconde près. Les rames qui coupent l’eau à l’aube, les sabots qui résonnent dans les écuries, les uniformes impeccables, les regards droits… Ici, chaque geste est contrôlé, chaque pas surveillé. Et ce matin-là, toute cette mécanique parfaitement huilée s’agite avec une ferveur inhabituelle : les princes arrivent.
Erik, l’aîné, mène la danse avec son assurance naturelle. Au volant de sa décapotable étincelante, il traverse les routes de campagne comme s’il revenait sur ses terres. À côté de lui, Wilhelm s’enfonce dans le siège, observant le paysage qui défile sans réellement le voir. Il sent déjà ce poids familier se poser sur lui, celui de la lignée, de l’héritage, du rôle auquel personne ne lui a jamais demandé s’il voulait vraiment l’endosser.
À leur arrivée, la directrice les accueille avec une précision presque militaire. À ses côtés, August, leur cousin, arbore ce sourire suffisant que Wilhelm connaît trop bien. Toujours trop sûr de lui, toujours trop conscient de son rang. Wilhelm n’a jamais aimé la façon dont August occupe l’espace, comme s’il était né pour être admiré.
Quand Alexander, un élève intimidé, s’avance pour porter ses valises, un ordre d’August, évidemment, Wilhelm se raidit. Il déteste cette mise en scène, cette servilité déguisée en protocole. Mais Erik lui glisse doucement de laisser faire, parce que « c’est comme ça ici ». Alors, Wilhelm se tait. Une fois de plus. Une fois de trop.
À peine a-t-il le temps de respirer que les photographes s’emparent de lui. On le tourne, on le cadre, on l’arrange. On veut prouver au pays qu’il est sage, coopératif, digne. Erik et August jouent leur rôle avec aisance, échangeant accolades et sourires parfaitement calibrés. Wilhelm, lui, se sent comme un accessoire qu’on place devant l’objectif. Il sourit, mécaniquement, mais son regard trahit sa fatigue, cette lassitude profonde de n’être jamais vraiment lui-même.
C'est au tour du corps professoral, sourire poliment, serrer des mains qui n’attendent qu’une seule chose, être vues.
Puis viennent les photos. Encore. Toujours.
La directrice se place à côté, ajustant sa posture avec l’habitude de ceux qui vivent pour les apparences. Les flashs crépitent comme pour sceller officiellement cette version arrangée de la réalité : celle où Wilhelm serait ravi d’être ici, heureux d’approuver une décision qu’il n’a pourtant jamais prise. Lui, obéit. Parce qu’il le faut. Parce que tout le monde le regarde.
Mais chaque mouvement, chaque sourire forcé, trahit un soupir silencieux.
Il se tient droit, immobile, figé comme une marionnette qu’on place là où il faut, quand il faut.
Son regard, lui, raconte une autre histoire : celle d’un garçon qui se sent arraché à lui-même, exhibé comme un symbole plutôt qu’écouté comme un être humain.
Et pendant que les appareils immortalisent ce moment, Wilhelm a l’impression d’être encore un peu plus enfermé dans un rôle qu’il n’a jamais voulu jouer.
Puis vient l’heure de l'accueil officiel dans l’église. Dès qu’il franchit la porte, Wilhelm sent les regards se poser sur lui, lourds comme des pierres. Des murmures courent entre les bancs et l’air semble se resserrer autour de lui. Il avance, le souffle court, en essayant de ne pas laisser paraître le tourbillon d’angoisse qui monte.
La chorale entre. Et là, au milieu des uniformes impeccables, un visage familier apparaît : Felice. Une amie d’enfance, un souvenir doux dans cet univers froid. Elle lui adresse un signe discret, presque tendre. Une petite lumière apaisante dans cette mer d’inconnus.
Mais c’est une autre présence qui va tout bouleverser.
Une voix s’élève. D’abord hésitante, fragile. Celle de Simon. Il a l’air nerveux, peut-être trop conscient des yeux rivés sur lui. Lorsqu’un élève le rabaisse, Simon se redresse malgré la contrariété, et sa voix s’affirme. Et c’est à cet instant que Wilhelm tourne la tête. Il ne sait pas pourquoi. Peut-être un simple instinct. Peut-être autre chose.
La chanson résonne dans l’église, chargée d’une émotion simple mais vraie, presque brute. Les mots semblent glisser dans l’esprit de Wilhelm, toucher en lui quelque chose qu’il croyait éteint.
« Je ne te demande rien, pas même ta gratitude… »
Et soudain, quelque chose change.
L’espace autour de lui paraît moins oppressant.
Le monde cesse de le juger pendant une seconde.
Il ne reste que cette voix, précise, vibrante, terriblement sincère.
Wilhelm sent ses épaules se relâcher légèrement.
Un souffle lui échappe.
Ses yeux s’adoucissent.
Et un sourire, discret mais réel, se forme enfin sur son visage.
Car, au milieu d’un univers où tout lui semble froid, contrôlé, faux… quelque chose de vrai vient de le toucher.
Une étincelle naît, presque malgré lui. Fragile. Lumineuse.
Un début qu’il ne comprend pas encore, mais qui, déjà, fait battre son cœur un peu différemment.
Et sans qu’il le sache, ce chant, cette voix, ce garçon viennent de changer pour toujours le cours de son destin.
SCENE 3 :
PREMIERS PAS DANS UNE PRISON DORÉE
À peine sorti de l’église, Wilhelm est de nouveau happé par la frénésie des appareils photo. Les flashs éclatent comme de petites détonations contre sa peau, chaque lumière lui rappelant brutalement qu’il n’a aucun espace pour respirer. Il sourit parce qu’on le lui demande, pas parce qu’il en a envie. Et sous ces projecteurs insatiables, son cœur se serre un peu plus.
Erik le voit. Il reconnaît cette crispation dans les épaules, cette façon qu’a Wilhelm de retenir son souffle. Alors, dans un élan presque fraternel, presque rebelle, il glisse à son oreille : « Viens. On s’échappe. »
Et sans attendre, ils s’enfuient à toutes jambes, courant comme deux enfants qui s’inventent une aventure dans les couloirs interdits d’un château. Pendant quelques secondes, le monde entier disparaît. Plus de photographes, plus d’étiquette, plus de devoirs écrasants. Seulement le vent, leurs rires, et l’illusion éphémère que tout pourrait être simple.
Mais la réalité, elle, attend toujours.
Pendant que les deux princes s’autorisent cette parenthèse de liberté, August, ailleurs dans le pensionnat, prépare déjà ses manigances. Entouré de Vincent et Nils, il expose avec fierté son grand projet : organiser une soirée « inoubliable » pour le prince. Une soirée qui nécessitera d’introduire illégalement de l’alcool dans l’école.
Et pour ça, il lui faut quelqu’un qui n’est pas enfermé entre les murs d’Hillerska : un externe. Un pion à utiliser.
Un plan qui sent déjà la catastrophe, mais August est bien trop avide de reconnaissance pour le voir.
Pendant que d’autres complotent, Wilhelm découvre finalement sa chambre. Une pièce simple, petite, presque minimaliste… mais c’est la sienne. Pour la première fois depuis son arrivée, il sent une minuscule brèche d’air frais s’ouvrir dans son monde saturé d’attentes. Il n’aura pas à la partager, un privilège rare ici, où même Erik, autrefois, vivait avec trois camarades.
Mais ce répit est fragile.
« Je ne tiendrai pas trois ans ici… », murmure-t-il avec une lassitude douloureuse.
Erik tente alors de lui transmettre le code tacite de l’école : un livret écrit par les élèves de troisième année.
Le vrai pouvoir. Les vraies règles. Et derrière chacune d’elles… August.
Wilhelm sent la colère monter. L’idée même de devoir suivre les ordres d’un cousin qu’il méprise le brûle intérieurement. Il refuse ce jeu de domination, refuse d’être un pion soumis aux caprices des autres. Il voudrait un espace où exister en tant que personne, pas en tant que titre.
Mais Erik essaie de lui rappeler, une dernière fois, le poids de leur nom :
« Tu dois représenter la famille. Même quand c’est difficile. Peu importe ce que tu ressens. »
Un coup frappé à la porte les coupe net. Le protocole vient déjà réclamer Erik, comme une main invisible qui le tire loin de son frère. Il n’a même pas besoin de répondre : ils savent tous les deux ce que cela signifie.
Il doit partir. Alors Whilelm sert très fort son frère, comme pour le retenir.
Avant de s’éloigner, Erik lui offre un sourire doux-amer, une sorte de promesse silencieuse qu’il aurait voulu tenir. Puis la porte se referme derrière lui.
Et le silence tombe.
Un silence lourd, suffocant. Un silence qui ressemble à un adieu.
Wilhelm reste seul dans ce couloir inconnu, dans cette vie qu’on a choisie pour lui.
Il sent l’abandon, l’inquiétude, une ombre de peur.
Il se demande comment survivre dans un monde où rien ne semble lui appartenir.
Et pour la première fois depuis son arrivée…
il se demande s’il aura la force de tenir.
SCENE 4 :
RENCONTRE SOUS TENSION : LE LOUP FACE AU GARÇON LIBRE
La journée touche à sa fin, et Simon traverse la cour d’Hillerska avec sa tranquillité habituelle. Il s’apprête à rentrer chez lui, dans ce monde simple et vrai qu’il partage avec sa famille. Être externe, c’est vivre entre deux réalités : celle, rigide, d’Hillerska… et celle, chaleureuse, de sa maison. Deux mondes qui ne se rencontrent jamais vraiment, sauf aujourd’hui.
Il n’a parcouru que quelques mètres quand August surgit comme une bourrasque derrière lui. On dirait qu’il court après bien plus qu’un élève : il court après son contrôle, son influence, son besoin d’exister aux yeux des autres. Il s’arrête devant Simon, lui barre la route, et lui offre un sourire trop poli pour être sincère. Puis il tend la main, se présente, comme s’ils n’avaient jamais partagé un seul couloir.
Simon le regarde, les sourcils légèrement froncés. Et d’une phrase, il fait éclater la façade :
« On est dans la même école depuis un mois. »
Un simple rappel, mais qui claque comme une vérité qu’August n’avait pas prévue. Et dans les yeux du cousin royal, quelque chose vacille. Pour la première fois, il comprend que Simon n’est pas un pion à ranger sur un échiquier doré.
August change alors d’approche. Son sourire devient plus fin, plus dangereux. Il propose un marché, enveloppé dans une fausse camaraderie : faire entrer de l’alcool illégalement dans l’internat. Comme si c’était normal. Comme si être externe faisait automatiquement de Simon un passeur. Comme si August savait déjà comment obtenir ce qu’il veut.
Mais Simon ne baisse pas les yeux. Il reste droit, solide, avec cette dignité calme qui dérange ceux qui vivent trop haut pour voir le sol. « Parce que tous les externes sont des trafiquants ? »
Sa voix ne tremble pas. Elle ne s’emporte pas non plus. Elle se contente d’exister, forte et juste. Et dans le silence qui suit, August se retrouve face à quelque chose qu’il ne maîtrise pas : la sincérité, la droiture, l’honnêteté.
Pour masquer son malaise, il ajoute une promesse, une tentative maladroite de rattraper son pouvoir :
si Simon accepte, il pourra venir à la fête.
Comme si cette invitation avait la moindre valeur pour quelqu’un qui n’a pas besoin de plaire à tout prix.
Simon le regarde une dernière fois, puis tourne simplement les talons. Sans colère, sans provocation. Juste ce refus silencieux qui atteint plus profond qu’un cri. August le suit du regard, et pour la première fois, il comprend :
ce garçon-là ne se rachète pas avec des privilèges. Ce garçon-là ne se manipule pas avec des sourires. Ce garçon-là ne joue pas selon les règles des puissants.
Et peut-être est-ce précisément ce qui fera de Simon… le grain de sable qui transformera à jamais la mécanique parfaite d’Hillerska. Le garçon libre qui dérange le loup.
SCÈNE 5
LE CHEVAL, LE COURAGE ET LA BRUTALE FRAGILITÉ DES HUMAINS
Dans les écuries d’Hillerska, l’odeur du foin et du cuir flotte comme une couverture apaisante, mais Felice, perchée sur son cheval, n’arrive pas à s’y abandonner. Ses mains tremblent légèrement sur les rênes, et malgré tous ses efforts pour cacher sa peur, l’animal la ressent immédiatement. Il piaffe, s’agite, refuse d’avancer. Chaque mouvement brusque résonne dans la poitrine de Felice, alimentant un cercle vicieux qu’elle ne contrôle plus.
Le professeur finit par soupirer et appelle quelqu’un à l’aide. Une silhouette s’avance : Sara, la sœur de Simon, presque invisible parmi les autres élèves mais étrangement sûre d’elle dès qu’elle franchit la barrière des chevaux. Il suffit de quelques secondes pour que la scène change du tout au tout. Le cheval, nerveux et arc-bouté avec Felice, abaisse légèrement l’encolure lorsque Sara pose une main calme sur son pelage. Elle murmure quelques mots, un souffle à peine perceptible, et l’animal se détend comme s’il avait enfin trouvé la seule personne capable de l’écouter.
Felice regarde, paralysée entre la surprise et la honte. Comment cette fille qu’elle connaît à peine parvient-elle, sans effort apparent, à créer une harmonie qui lui échappe depuis des années ? La brûlure dans ses joues monte, et avant qu’elle ne puisse la contenir, elle s’empresse de reprendre le contrôle, ou du moins d’en donner l’illusion. D’une voix sèche, presque cinglante, elle lance :
« C’est mon cheval. Je peux m’occuper de sa toilette… et de ses soins. »
Un ton qui claque plus fort qu’elle ne le voudrait, comme si Sara avait franchi une frontière invisible.
C’est à ce moment-là que Simon arrive, juste à temps pour saisir l’échange. Son regard se durcit instantanément ; la protection de sa sœur est une réaction instinctive, presque viscérale. Les souvenirs de l’ancien lycée, et de tout ce qu’elle y a subi, se réveillent aussitôt en lui.
« Hé, fais attention. Elle n’a pas à te parler comme ça », lâche-t-il, prêt à intervenir.
Mais Sara ne semble ni blessée ni en colère. Elle hausse simplement les épaules. La remarque de Felice glisse sur elle, absorbée par quelque chose de bien plus important : le cheval. Avec les animaux, elle n’a pas besoin de décoder les intentions, ni d’imaginer ce que les autres pensent d’elle. Les chevaux ne mentent pas. Ils ne jugent pas. Avec eux, elle respire enfin.
Simon s’approche, adoucit son ton et pose une main réconfortante sur son épaule.
« Si quelque chose se passe… tu viens me voir, d’accord ? Je m’en occupe. »
Sara hoche la tête, un mince sourire éclairant son visage. Malgré la dureté du pensionnat, malgré les jeux d’apparences et les rivalités sociales, il reste ce lien indéfectible entre eux, cet îlot de vérité où ils peuvent se retrouver sans masque, sans violence, sans sentir qu’ils doivent devenir quelqu’un d’autre.
Et pendant qu’autour d’eux, Hillerska continue de jouer sa pièce parfaite, Simon et Sara avancent à leur rythme, avec leurs forces, leurs failles… et cette complicité qui résiste à tout.
SCÈNE 6
LE RETOUR À LA VIE ORDINAIRE
Le bus arrive dans un long crissement métallique, comme il le fait chaque jour, fidèle et un peu usé, mais toujours prêt à ramener Simon et Sara vers leur vraie vie. Ils montent à bord et s’installent côte à côte, retrouvant immédiatement une forme de légèreté qui leur manquait depuis qu’ils ont quitté Hillerska. Ici, personne ne les observe. Personne ne mesure leur valeur selon un nom, un uniforme ou une prétendue lignée.
À peine assis, Sara sort son téléphone et ouvre la caméra. En quelques secondes, ils enchaînent les selfies, les grimaces, les rires étouffés. C’est leur rituel, la preuve silencieuse qu’ils restent soudés, qu’ils peuvent encore être eux-mêmes dans un monde qui essaie parfois de les étirer dans des directions opposées.
Le bus poursuit sa route, et lorsqu’il s’arrête de nouveau, deux silhouettes familières montent à bord : Ayub et Rosh, les meilleurs amis de Simon. L’ambiance change aussitôt. Les saluts, les petites tapes sur l’épaule, les sourires complices… tout reprend sa place comme si aucun d’entre eux n’avait quitté le quartier ce matin-là.
Très vite, Ayub remarque l’uniforme impeccable de Simon.
— C’est obligatoire, ça ?
Simon rit, une pointe de gêne dans la voix, et explique que oui, aujourd’hui seulement, parce qu’un nouvel élève est arrivé… le prince Wilhelm.
À ces mots, Rosh redresse la tête, déjà en éveil. Son téléphone apparaît presque magiquement dans sa main.
— Le prince ? Attendez, vous avez vu la vidéo ? Celle où il se bat en boîte ? Elle est partout.
Quelques glissements de doigts suffisent pour retrouver la fameuse séquence virale. Les quatre se penchent autour de l’écran, serrés les uns contre les autres, comme toujours. Dans la vidéo, Wilhelm est méconnaissable : colère brute, gestes incontrôlés, une explosion capturée en quelques secondes.
Sara fixe d’abord l’écran, perplexe, comme si elle cherchait à comprendre ce qui a bien pu provoquer un tel dérapage. Simon, lui, regarde plus longtemps qu’il ne l’admettrait. Il observe, analyse, retient son souffle sans savoir pourquoi.
Le bus continue de rouler, les secouant doucement au rythme de ses cahots. À cet instant précis, rien ne semble extraordinaire : juste quatre amis, une vidéo virale, un prince inconnu. Et pourtant… quelque chose est déjà en marche, quelque chose que Simon ne peut pas encore nommer.
Sans le savoir, il vient de voir, dans ce flou pixellisé, la personne qui va changer le cours entier de sa vie.
SCÈNE 7
LES RÊVES SILENCIEUX DE FELICE
La chambre est plongée dans une lumière douce, celle du soir qui adoucit les contours mais rend les pensées plus tranchantes. Assise sur son lit, Felice tient son téléphone comme s’il s’agissait d’un secret précieux. Sur l’écran brille le visage de Wilhelm. Pas simplement le prince de Suède… mais celui qu’elle idéalise depuis qu’elle est enfant. Celui qu’elle espère voir, un jour, tourner les yeux vers elle autrement que par politesse.
Elle inspire profondément, comme pour contenir l’émotion qui gonfle dans sa poitrine. Elle sait que c’est absurde, que rien ne garantit qu’il la remarque un jour, mais elle n’arrive pas à étouffer cet espoir qui la tient autant qu’il la fragilise.
Soudain, la porte de la salle de bain s’ouvre, laissant échapper un nuage de vapeur parfumée. Maddie apparaît, serviette autour des cheveux, l’air intrigué mais amusé en voyant la posture de sa colocataire.
Felice… encore en train de regarder ... ?
La remarque tombe sans méchanceté, mais touche juste. Felice sursaute, verrouille son écran d’un geste trop rapide, comme si elle avait été surprise en plein rêve interdit. Je ne suis pas obsédée, murmure-t-elle, sans vraiment convaincre qui que ce soit.
Maddie s’installe sur son lit, jambes croisées, ses yeux pétillant d’une franchise dénuée de jugement.
— Tu sais qu’August ferait tout pour toi. Il te suit partout, littéralement. Et toi, tu restes fixée sur Wilhelm…
Elle secoue la tête, mi-amusée, mi-perdue.
— Je veux dire… c’est un prince. Du sang royal. Je suppose que ça doit faire quelque chose. Mais moi, j’avoue que je comprends pas trop.
Felice baisse les yeux, incapable de lui répondre. Comment expliquer ce mélange de nostalgie et de désir, ce besoin d’être vue par celui qu’elle place depuis toujours sur un piédestal ? Maddie, elle, voit un prince. Felice voit un rêve, presque intime, trop enraciné pour être balayé par la raison.
— Tu descends dîner ? demande Maddie après un silence.
Felice secoue la tête.
— Pas faim.
Quand Maddie quitte enfin la pièce, la chambre retrouve son calme. Felice rouvre son téléphone, mais cette fois ce n’est plus Wilhelm qu’elle regarde. Elle choisit une photo d’elle aux écuries, lumière parfaite, sourire maîtrisé, et la poste avec une légende enthousiaste : « Une journée incroyable »
Le mensonge est beau, presque élégant. Une manière de recréer ce qu’elle voudrait ressentir, plutôt que ce qu’elle vit réellement.
Une fois la publication envoyée, Felice reste immobile, les yeux perdus dans l’écran. Pendant une seconde, elle se laisse happer par l’illusion d’une vie parfaite. Puis l’image se dissout dans un silence trop lourd, et la solitude revient, familière, implacable.
Sur les réseaux, elle semble radieuse. Dans la réalité, elle n’est qu’une fille qui rêve d’être aimée par quelqu’un qui ne la voit pas encore.
SCÈNE 8
LE DÎNER AUX SAVEURS DE VÉRITÉ
Le soir s’installe doucement autour de la petite maison de Simon et Sara, enveloppant les murs d’une chaleur familière. Dans la cuisine, l’odeur du repas se mêle aux rires étouffés et au tintement des couverts, rappelant que, malgré la modestie des lieux, il y a ici quelque chose que le pensionnat n’a pas : une vraie maison. Autour de la table, Linda veille sur ses enfants avec un sourire tendre, tandis qu’Ayub, désormais presque un membre de la famille, s’installe naturellement parmi eux.
Lorsque Linda demande comment s’est passée leur journée, Sara se redresse immédiatement, comme si on venait d’appuyer sur un interrupteur. Elle décrit avec sérieux la manière dont chacun doit se tenir à table, comment placer les couverts, comment adopter la posture parfaite, répétant les règles apprises à Hillerska avec une précision surprenante. Ses mots, prononcés avec une sincérité désarmante, flottent un instant dans l’air, et tous échangent des regards mêlés d’amusement et d’inquiétude : Sara veut tellement bien faire qu’elle transforme chaque détail en rituel.
Puis, d’un ton plus posé, elle raconte sa journée : toujours pas d’amis, mais les chevaux, eux… les chevaux ne mentent pas. Ils ne comparent pas, ne jugent pas. C’est avec eux qu’elle se sent le mieux. Elle glisse alors, presque en passant, qu’elle aura besoin d’un nouveau pantalon d’équitation, l’ancien s’est déchiré. Une simple demande qui ouvre pourtant un débat bien plus large que prévu : celui de l’argent, des priorités, et de la différence écrasante entre leur quotidien et celui des familles aisées d’Hillerska, pour qui un achat de plus ne pose jamais question.
Simon, dans un sourire un peu trop taquin, laisse échapper qu’elle devient snob. Le mot claque comme un fouet. Sara se fige, le visage se ferme, et avant que quiconque ne puisse rattraper la maladresse, elle se lève brusquement et quitte la table, blessée plus profondément qu’elle ne saurait l’expliquer.
Un silence inhabituel retombe. Pour alléger l’atmosphère, Simon annonce alors qu’il est invité, lui aussi, à une fête à Hillerska. Aussitôt, les yeux de Linda s’illuminent. Pour elle, cette invitation n’a rien d’anodin : c’est une preuve que ses enfants trouvent leur place là-bas, qu’ils s’ouvrent un chemin dans un univers qui semblait inaccessible. Elle s’en réjouit avec une fierté simple et sincère, celle qui nourrit les familles qui n’ont jamais rien eu de facile.
Et dans cette salle à manger modeste, où les chaises grincent autant que les cœurs s’ouvrent, on sent la vie avancer, fragile mais vraie, portée par une famille qui essaie, chacun à sa manière, de grandir sans se perdre.
SCÈNE 9
UN DÎNER SOUS PRESSION
La nuit s’installe doucement autour d’Hillerska, enveloppant le pensionnat d’une atmosphère feutrée qui contraste avec la tension silencieuse qui règne dans la grande salle à manger. Lorsque Wilhelm franchit les portes, il sent immédiatement le poids de la tradition qui imprègne chaque recoin : les murs austères, la longue table parfaitement dressée, les élèves, dans un ordre qui semble ne devoir jamais être bousculé. Il avance, hésitant, et réalise que dans cet univers, même un simple repas ressemble à une cérémonie.
Son regard s’arrête un instant sur August, installé en bout de table comme s’il y trônait depuis toujours. Son maintien, son sourire trop poli, sa façon de surveiller la salle d’un œil satisfait… tout en lui respire l’autorité non dite. C’est clair : ici, c’est lui qui impose les règles. Lui que les autres suivent sans discuter.
Wilhelm prend place et tente d’ignorer la gêne qui lui serre soudain la poitrine. Deux garçons de sa classe, juste en face, saisissent l’occasion pour lui parler. Leur ton est cordial mais étrangement figé, presque scolaire, comme s’ils cherchaient à bien réciter un script. Ils lui décrivent les habitudes du pensionnat : les repas strictement codifiés, les devoirs qui s’enchaînent, les séances de sport obligatoires, et ces soirées où chacun se comporte comme on l’attend de lui plutôt que comme il est réellement.
À mesure qu’ils parlent, Wilhelm remarque quelque chose qui le dérange : leurs mots ne semblent jamais vraiment être les leurs. Ils reprennent les opinions d’August, ses règles, ses croyances… comme si penser différemment était interdit. Comme si exister autrement était une faute.
Un malaise sourd s’installe en lui. Cette conformité aveugle l’étouffe davantage qu’il ne veut l’avouer. Il a déjà passé trop de temps dans un monde où chaque geste est surveillé, calibré, contrôlé. Retrouver la même pression ici, chez ces jeunes qui devraient être libres, lui donne soudain l’impression de suffoquer.
Alors, presque malgré lui, il laisse tomber la phrase qui lui brûle les lèvres depuis qu’il a franchi la porte :
« Vous savez… vous avez le droit d’avoir vos propres opinions. »
Les mots résonnent dans l’air comme un éclat inattendu. Les conversations s’interrompent autour de la table. Quelques têtes se tournent, surprise silencieuse. August relève lentement les yeux, un sourire crispé vissé au visage.
Wilhelm, lui, ne baisse pas le regard.
Il n’a pas l’intention de se laisser enfermer dans une hiérarchie où chacun renonce à ce qu’il pense pour plaire au plus fort. Il ne veut pas commencer son année en courbant l’échine ou en jouant un rôle. Ce soir, face à ce dîner où tout semble déjà décidé pour lui, il choisit de tracer sa propre ligne.
Même si cela signifie se mettre immédiatement à dos celui qui croit régner sur Hillerska.
SCÈNE 10
A suivre...
Tous les prochains résumés seront écrits au fil du temps.
